Cinquante nuances de vert teintent les vallées et collines de l’Ulster, mosaïque ondulante de champs et de pâturages quadrillés de haies touffues. La nature y règne en maître, dorlotée par le Golf Stream et gorgée d’eau de pluie apportée par les vents d’ouest. Le climat tempéré du nord de l’île, combiné à la passion horticole de ses habitants, a donné naissance à des parcs remarquables que l’on peut découvrir dans un rayon de 20 km autour de Belfast : alors suivez-nous dans la campagne verdoyante et découvrez les plus beaux jardins d’Irlande du Nord !
Le charme victorien des Jardins botaniques de Belfast
Au printemps, tulipes et roses resplendissent, colorant les parterres du Belfast Botanic Gardens qui s’étend sur 28 hectares, des bords tranquilles du Lagan jusqu’aux tourelles néo-Tudor de Queen’s University. Fruit d’une passion toute victorienne pour l’horticulture, et plus particulièrement pour les plantes exotiques, ce parc est une véritable institution : il embaume ce quartier coquet de la capitale depuis 1828, attirant les pique-niques et flirts studieux des étudiants qui s’éparpillent sur le gazon, entre une roseraie parfumée et une gracieuse serre de fonte et de verre imaginée par l’architecte Charles Lanyon.
Bombé en son centre, Palm House est un joyau d’architecture et de botanique inspiré par l’Art nouveau, une invitation à voyager dans le temps et les continents. L’aile fraîche, ou tempérée, présente des expositions florales qui évoluent au fil des saisons, bégonias, fuchsias et orchidées explosant de couleurs et de parfums sans cesse renouvelés. L’aile chaude, ou tropicale, forme une jungle miniature colonisée par des plantes venues d’Afrique, d’Asie ou d’Australie. Sous la coupole centrale, véritable prouesse technique de l’époque, prospèrent les plus grandes espèces de la collection, des cactus, palmiers et plantes grasses subtropicales qui laissent rêveurs les flâneurs en mal d’exotisme.
Concerts et expositions rythment la vie paisible des Jardins botaniques de Belfast où l’on s’émerveille à chaque pas, devant le délicat agencement des plantes médicinales dont la verdure tendre contraste avec l’architecture brutaliste de l’Ulster Museum, comme dans la chaleur moite de Tropical Ravine, une serre qui abrite une cascade artificielle submergée par des espèces surprenantes, dans un fouillis tropical de plantes grimpantes et de fougères arborescentes importées d’Australie ou d’Afrique du Sud. Un dépaysement dans le dépaysement !
Mount Stewart et ses huit jardins pleins de fantaisie
C’est dans le comté de Down, sur la péninsule d’Ards qui s’étire au sud-est de Belfast, que l’on découvre l’un des plus beaux fleurons floraux de l’Irlande du Nord : Mount Stewart. Ancienne propriété de la famille Stewart qui fit fortune dans le commerce du lin au XVIIIe siècle, ce manoir néo-classique orné de colonnes ioniques est entouré par une trentaine d’hectares de jardins thématiques qui font l’enchantement des férus de jardinage. Et si l’on doit l’aménagement actuel des appartements de cet ancien relais de chasse -que l’on peut d’ailleurs visiter- au 7e marquis de Londonderry, c’est bien Lady Edith, son épouse, qui rassembla la riche collection de plantes ornementales que l’on peut encore admirer aujourd’hui.
Dès 1920, date de son installation dans cette demeure entourée de bois qui la protègent des vents, créant un microclimat propice, Lady Edith a sollicité les conseils de célèbres paysagistes comme Gertrude Jekyll et Norah Lindsay. Secondée par son jardinier Thomas W. Bolas, encouragée par un vaste réseau d’amis, de collectionneurs et de pépiniéristes, la marquise a structuré les volumes du parc initial en composant toute une série de jardins, dont certains inspirés par ceux du château de Dunrobin, propriété écossaise de son grand-père, le duc de Sutherland. Pour les fleurir, Edith la fantaisiste a même financé des expéditions de chasseurs de plantes rares en Asie, et plus particulièrement en Chine et au Tibet.
Le résultat est admirable, plein de charme et de poésie… Huit jardins moutonnent autour du manoir et d’un lac où glissent quelques cygnes. Les flâneurs cheminent ainsi sous une pergola habillée de plantes grimpantes, qui encadre un ravissant jardin anglais où des guirlandes d’azalées forment une gracieuse couronne autour du gazon. Ils découvrent ensuite un jardin irlandais en forme de trèfle, un jardin italien situé au sud, avec ses parterres géométriques ponctués de bassins ronds nappés de nénuphars, un jardin espagnol inspiré par l’Alhambra de Grenade, avec son pavillon niché dans un écrin d’ifs taillés en arches végétales. Au-delà, ils rejoignent Lily Wood, un bois planté d’essences exotiques, où fleurissent des rhododendrons et une incroyable variété de lis, dont le fameux géant d’Himalaya, reconnaissable à son impressionnante hampe florale.
Rowallane Garden, le paradis des rhodos et des azalées
Le comté de Down mériterait un séjour à lui tout seul… Situé au sud-est de la capitale, entre les montagnes granitiques de Mourne et les rivages du Strangford Lough, il dévoile une grande variété de paysages préservés qui auraient inspiré le Monde de Narnia de l’écrivain C.S Lewis. La région concentre de nombreux sites d’intérêt comme Mount Stewart, évoqué plus haut, ou bien Rowallane Garden, un domaine enchanteur de 20 hectares aménagés dans les années 1860 par le révérend John Moore.
Rêvant de calme pour méditer, ce dernier y créa notamment un jardin clos que l’on peut encore admirer aujourd’hui, un charmant havre paisible où les fleurs s’épanouissent à merveille, dans une harmonie vaporeuse de couleurs tendres et d’arômes délicats. Seuls les Britanniques savent imaginer de tels jardins… En Irlande du Nord, tout comme en Angleterre, le comble du raffinement réside dans l’illusion du naturel afin que nul ne sente le travail exigeant du jardinier : rien à voir avec la rigoureuse symétrie des jardins à la française !
Mais poursuivons notre promenade… Propriété de la National Trust, une organisation caritative de conservation du patrimoine et de la nature, Rowallene Garden est également célèbre pour son jardin rocailleux, ses parterres d’azalées multicolores, sa forêt plantée d’espèces rares, ses prairies de fleurs sauvages mais surtout, son impressionnante collection de rhododendrons, soit 1700 variétés différentes : une véritable explosion de couleurs, du printemps jusqu’au début de l’été.
A Hillsborough, dans les pas de la famille royale
Toujours dans le comté de Down, non loin de Belfast, les inconditionnels de la famille royale britannique se réjouissent en visitant le château de Hillsborough, résidence officielle de sa majesté lors de ses séjours en Irlande du Nord. Une allée d’ifs irlandais, le Yew Tree Walk, mène à cette vaste demeure de style géorgien qui accueille des personnalités célèbres depuis près de 300 ans, de Benjamin Franklin au Dalaï Lama en passant par Margareth Tatcher ou George W. Bush. Le porche à peine franchi, les visiteurs sont plongés dans l’intimité douillette des Windsor, avec ses salons cosy ornés de tapis précieux, de canapés aux coussins fleuris, de consoles et tables de jeux couvertes de photos de famille, sa salle à manger décorée de tableaux de maîtres et de lustres en cristal, table dressée dans la tradition britannique, sa salle du trône tendue de soie verte…
Accessible au public, cette « maison de campagne » royale dévoile également des jardins et un superbe parc paysager de 40 hectares dont les contours furent dessinés à partir des années 1760. On y admire de charmants verger et potager clos où les légumes et les arbres fruitiers en espaliers sont cultivés depuis toujours pour le château, un jardin à l’anglaise inspiré par les plans de la paysagiste irlandaise Catherine Fitzgerald et où les membres de la famille royale plantent un magnolia à chacun de leurs passages, ainsi qu’une splendide roseraie plantée dans les années 40 par Lady Rose Bowes-Lyon, sœur ainée de Queen Mum et tante de la reine Elisabeth II.
Plus loin, les jardins cèdent la place à un parc paysager où l’on s’enfonce en suivant les allées bordées de jacinthes qui serpentent à travers bois. Certaines mènent à un joli lac entouré d’arbres centenaires, d’autres se glissent sous une canopée de tilleuls ou rejoignent un adorable petit temple antique à colonnades, cadeau de mariage du 5ème marquis de Downshire à sa sœur Lady Alice Hill. Une agréable immersion dans l’univers raffiné de l’aristocratie britannique en Irlande du Nord…
A Montalto Estate, entre les rhododendrons et les plus vieux arbres d’Irlande du Nord
Le printemps et le début de l’été sont les périodes les plus propices pour admirer le parc verdoyant de ce domaine situé à une vingtaine de minutes au sud de Belfast. Niché au pied du massif montagneux de Mourne, ce dernier vit le jour dans la seconde moitié du XVIIe siècle sous l’impulsion de Sir Arthur Rawdon, le « père du jardinage irlandais ». Ce botaniste, qui s’était lié d’amitié avec Sir Hans Sloane, le fameux naturaliste et collectionneur de plantes qui fonda le célèbre Chelsea Physic Garden à Londres, y introduisit une incroyable collection de plantes exotiques, dont 400 espèces importées de Jamaïque.
Son descendant, le comte de Moira, construisit dans ce parc un élégant manoir de style géorgien que des artisans italiens surnommèrent Montalto House, ou « maison de la montagne haute », en référence aux sommets du Mourne que l’on aperçoit au loin. L’endroit est romantique à souhait, avec ses bouquets de rhododendrons roses, ses parterres géométriques ponctués de statues de bronze, de buis et de lauriers du Portugal taillés en topiaires. Au printemps, les plates-bandes se couvrent de tulipes « Spring green » dont les pétales de couleur crème sont joliment veinées de vert.
Montalto Estate est plein de douces surprises comme une prairie de fleurs sauvages qui accueille un verger et un potager, ou bien un jardin d’hiver planté de saules, de bouleaux, de cerisiers et de cornouillers dont les rameaux décoratifs donnent des fruits que l’on utilise pour les confitures. Un gazon impeccable descend lentement jusqu’aux berges d’un lac entouré d’un bois bordé de rhododendrons et d’azalées à feuilles caduques. Plus de 30 000 arbres ont été plantés ces dernières années dans ce domaine qui est particulièrement fier d’abriter 4 « champion trees », des arbres qui figurent parmi les plus grands et les plus vieux d’Irlande du Nord. Autre particularité de Montalto : une superbe rocaille (jardin qui copie de manière architecturale et horticole les sites naturels de montagne) où s’épanouissent 245 variétés de plantes alpines reconnues d’intérêt par l’Alpine Garden Society. Particulièrement jolie au printemps…
Sous le charme des arbres géants de Castlewellan Forest Park
« Si tu veux être heureux une heure, bois un verre ; si tu veux être heureux un jour, marie-toi ; si tu veux être heureux toute ta vie, fais-toi jardinier ! ». C’est en citant ce vieux proverbe qu’Alwyn Sinnamon, l’infatigable jardinier en chef de Castlewellan nous accueille dans l’Arboretum national d’Irlande. Depuis des années, ce dernier veille avec amour sur ce domaine de 450 hectares, un parc remarquable d’Irlande du Nord abritant une collection de près de 2 000 espèces d’arbres et arbustes exotiques qui se sont parfaitement acclimatés à la région.
Les premières plantations datent de la seconde moitié du XIXe siècle, et nous les devons à Hugh Annesley, seigneur fantasque de Castlewellan, château de style néo-gothique que l’on aperçoit au loin, fièrement dressé au sommet d’une colline qui se mire dans les eaux sombres d’un lac. Ce passionné de botanique et de photographie créa ici un étonnant arboretum dont le dessin fut confié à l’architecte John Sutherland. Conseillé par Thomas Ryan, son jardinier, le 5e comte d’Annesley importa des espèces de tous les continents, des merveilles exotiques que l’on admire en s’arc-boutant pour apercevoir leurs sommets, médusés par leurs troncs énormes et leurs formes étonnantes.
Castlewellan Forest Park a cela de particulier qu’il héberge une centaine de « champions trees » ou arbres classés en raison de leur taille et de leur âge vénérable. Parmi eux, un impressionnant Sequoiadendron giganteum qui a développé une vingtaine de troncs, ou bien le Castlewellan Gold, reconnaissable à son beau feuillage d’or. Mais les sentiers qui se faufilent sous les frondaisons mènent également à un jardin clos de 5 hectares. Datant de l’époque victorienne, cet ancien jardin utilitaire est ponctué d’escaliers moussus et d’allées étroites qui mènent à des bassins, des fontaines et une terrasse où se dresse une ancienne serre, dernière survivante des 22 glasshouses du domaine, autrefois dédiées à la culture des orchidées, des bambous ou des palmiers. Un lieu unique porté par des passionnés : 5 jardiniers et de nombreux bénévoles qui n’hésitent pas à partager leur passion…
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